jeudi 3 mai 2007

La convergence et le choix

Qui a gagné ? En fait, peu importe. Ségolène Royal devait montrer qu’elle pouvait être présidente, combler un déficit de crédibilité. Elle l’a fait, elle a gagné. Nicolas Sarkozy devait prouver qu’il n’était pas le dangereux pyromane qu’on dépeignait. Il est resté calme, quitte à se faire légèrement malmener, il a gagné. Plus tard, on pourra faire les comptes et écrire l’histoire : si c'est Ségo, on fera du débat d’hier un tournant ; si c'est Sarko, une confirmation de son avance. Mais aujourd’hui on ne sait pas. Ou en tout cas, ce n’est pas cela que l’on sait.

Ce que l’on sait ? C’est qu’il y a convergence entre les eux candidats sur des choses importantes. Mais c’est qu’un choix entre deux modèles, deux approches, nous est effectivement proposé.

La convergence, elle est sur le diagnostic, et sur la modernité des moyens à employer. Elle porte sur l’atonie de la croissance, sur les faibles performances de notre marché du travail, sur l’importance de l’innovation dans l’économie de demain. Elle porte également, dans une certaine mesure, sur les moyens à employer. Car les deux candidats ont basé une partie de leur argumentaire économique sur l’économie de l’offre : chez Nicolas Sarkozy, fluidification du marché du travail, diminution des rigidités réglementaires afin de stimuler l’offre de travail, détaxation des heures supplémentaires. Chez Ségolène Royal, un accent plus important sur les nouvelles technologies, une excellence environnementale qui est supposée pouvoir développer les avantages compétitifs de la nation, mise en valeur de la fonction d’allocation de l’Etat (voir la typologie de Musgrave)[1]. Chez les deux, foi dans les pôles de compétitivité, refus de l’assistanat (donc conversion à la théorie des incitations et prise en compte des effets pervers des trappes à inactivité), etc.

Un diagnostic commun, donc, sur le caractère structurel du déficit de croissance. Or qui dit raison structurelle est supposé dire également une réponse politique de type structurel. Ce n’est pas anodin : la droite comme la gauche ont souvent eu tendance, en France, à répondre à des chocs d’offre par des politiques de demande. La métamorphose est plus forte chez Ségolène Royal : on est loin, très loin du programme socialiste traditionnel. Quant au programme commun, ma foi… Ce qui confirme que la configuration politique qui émerge du premier tour a servi de catalyseur à un mouvement de modernisation du socialisme dont on pouvait déjà trouver des traces dans le discours de Villepinte (voir un billet précédent).

Mais des réponses diffèrent. Et le meilleur révélateur de ce choix fut la discussion sur le nombre de fonctionnaires : face à la dette, soit on réduit le nombre de fonctionnaire et on diminue donc la taille de la sphère publique au profit de la sphère privée (c’est le choix libéral), soit on conserve le même compromis public/privé tout en augmentant la productivité du public de manière à ce que la production de bien public soit en adéquation avec la somme investie par la collectivité (c’est le choix social-démocrate)

A ma droite, Nicolas Sarkozy prône un libéralisme conservateur. Avec un côté libéral de moins en moins avoué, d’ailleurs. Et c’est effectivement à Thatcher et Reagan qu’il peut être comparé, en ce sens qu’il souhaite accompagner les réformes libérales d’une renaissance nationale (voir en ce sens l’analyse de Zaki Laïdi sur Telos), qu’il appuie son programme de réforme sur un socle de valeurs conservatrices dont sa campagne anti-mai 68 est le point culminant, qu’il séduit à la fois les hauts revenus par ses promesses économiques et les cols bleus par ses professions de fois sur la Nation et sur la restauration d’un ordre moral.

A ma gauche, Ségolène Royal achève sa mue sociale-démocrate. Un Etat stratège, plutôt qu’assistant. Une mondialisation assumée, mais régulée afin d’en réduire les dégâts sociaux. Une sphère publique importante, mais productive. Un compromis public/privé maintenu, mais rendu économiquement soutenable par des ajustements structurels et des adaptations de notre tissu productif à la mondialisation. Autant, chez Nicolas Sarkozy, les modèles sont britanniques et américains, autant, chez Ségolène Royal, les modèles sont plutôt européens : scandinaves pour le concept, Prodi pour la politique, Zapatero pour le symbole

Deux modèles cohérents, à défaut d’être purs (chacun s’est ingénié à piétiner les plate-bandes de l’autre, on pourrait beaucoup critiquer les nouveaux emplois-jeunes de Ségolène Royal, ou les effets d’aubaine induits par la proposition de détaxation des heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy, etc.). Et un choix à faire. Dimanche.

[1] Il est vrai, en parallèle avec une action sur les bas salaires qui aurait davantage trait à la fonction de stabilisation (et bien évidemment à celle de redistribution) dans ladite typologie, ce qui présente un policy-mix économique complet.

3 commentaires:

water source a dit…

C'est bien beau mais quel est le choix ? Entre les 2 modèles ? Ils sont équivalents, ou pas ? Non, clairement pas. Entre la soc dem, même royaliste, et le reaganisme, le choix est vite fait non ?

X a dit…

Le choix est-il si vite fait? Un diagnostic identique, des approches différentes et des personnalités différentes (vraiment?). D'un côté une droite assez libérale et parfois extrême mais un énoncé clair donc on sait pour quoi/qui on vote, on sait où on va même si on en a un peu peur. De l'autre, je vois qqn de tiraillé entre la tradition PS et des envies de changements parfois radicaux (les camps militaires c'est un peu limite), avec des idées qui pourraient valoir le coup (syndicalisme plus fort et dialogue social plus présent) mais une présentation vague, une sorte de chèque en blanc... quant aux personnalités, je sens la même détermination et la même spontanéité, impulsivité voire agressivité dans les deux même si Sarko avait choisi mercredi soir de se retenir. Alors le choix est-il si vite fait? Pas pour tout le monde. En tout cas, il sera dur à assumer quoi qu'il soit!

Pat a dit…

Ca y est, le choix est fait. On sait désormais qui a gagné, et on est parti pour 5 ans d'oligarchie. Alea Jacta Est comme ils disent dans Asterix.

Je voudrais remercier tous les pauvres qui ont voté pour que je paye moins d'impots, ça me va droit au coeur.

Et j'ai une pensée pour mes amis des Ulis qui ont voté Ségo à plus de 65%, mais qui auront du Sarko quand même.